Histoire d'Haïti en bref…

UN DESTIN SINGULIER

En 1492, Christophe Colomb débarque sur l'île qu'il nomme Hispaniola. C'était la terre des Indiens arawaks que gouvernait la reine Anacaona. Quelques décennies plus tard, le travail forcé les avait tous tués.

L'île devint terre des boucaniers et des flibustiers. Et des pirates, installés à la Tortue, un îlot plus célèbre, au nord de la grande île vite délaissée par les espagnols, car dépourvue d'or.

Oubliée ? Les Français, devenus maître des lieux, en font au XVIIIe la plus riche colonie du monde : la « perle des Antilles » pour les planteurs et les négociants du sucre, du café, de l'indigo, des épices... et l'enfer pour les esclaves noirs transportés d'Afrique par bateaux négriers.

L'espoir enfin ? En 1804, après une guerre féroce contre l'armée coloniale, les esclaves, devenus libres, triomphent. Saint-Domingue, première république noire, devient indépendante. Et retrouve son nom indien : Haïti. Ayiti. Le nouvel État partage avec la République dominicaine l'île d'Hispaniola. Personne ne pardonnera à Haïti d'avoir défié les grandes puissances. La « Perle des Antilles », devenue demi-île de liberté, est mise en quarantaine. Isolée, oubliée. Punie pour longtemps. Tant qu'il y a pour chacun assez de terres, on survit, malgré les tyrans qui gouvernent à Port-au-Prince, devenue la capitale.

Début du XXIe siècle : on ne s’en sort plus. La survie devient cauchemar pour trois Haïtiens sur quatre qui mangent mal et ne savent guère lire et écrire. Un petit million lors de l’indépendance, les habitants sont maintenant près de onze millions, sans compter ceux qui ont quitté une île sans perspectives.

L’école, la santé, l’emploi, l’environnement… La situation du pays est catastrophique quand, en 1990, les élections, pour la première fois honnêtes, portent à la présidence Jean-Bertrand Aristide. Son programme : faire passer Haïti de la misère indigne à la pauvreté digne. Justice partout. Incapable de faire face aux oligarques, il n’y parvient pas. Lui et son parti, Lavalas, le torrent en créole, finissent par oublier l’objectif et sont chassés en 2004. Malgré tous les programmes internationaux qui cherchent à (r)établir les fonctions régaliennes d'un l'Etat anémique ou amnésique, la justice reste inopérante et la police inefficace. Depuis 2004, l'Onu est présente avec plus de 10 000 policiers et soldats de la Minstah, la mission des Nations-Unies pour la stabilisation d'Haïti. Jamais depuis 1994 le pays n'a vécu sans une présence onusienne, même si les acronymes ont changé.

Les problèmes demeurent. Dramatiques. Les derniers arbres deviennent poussière, c’est-à-dire charbon de bois pour cuire les aliments. Les violentes averses tropicales lessivent d’autant plus que le sol est pentu et sans protection. Les cyclones y sont plus meurtriers qu’ailleurs.

Depuis trente ans, les surfaces vraiment cultivables ont diminué quand la population a presque doublé. Ce qui réduit l’espace utile à chaque paysan. Plus de la moitié des Haïtiens sont toujours des ruraux qui n’ont guère d’autre ressource que la terre. Sans arbre, sans engrais, sans formation et sans moyen pour se nourrir. Les autres s’entassent dans les bidonvilles des villes, dans l’espoir d’un travail qui vient rarement. Le tremblement de terre de Port-au-Prince, en 2010, exceptionnellement meurtrier, témoigne d’un urbanisme pire qu’imprévoyant : chaotique.

Dans le pays le plus appauvri des Amériques, celui de collines arrosées mais sans végétation, celui des villes meurtries par les aléas climatiques et tectoniques, la misère engendre l’égoïsme, l’imprévoyance et l’incapacité des gouvernants à anticiper, la cupidité de l'élite. Pas toujours. Les hommes qui habitent ici ont souvent montré leur capacité à résister, à imaginer un autre avenir. Haïti n’est pas voué à devenir un désert surpeuplé. Mais il faut se hâter. La reconstruction d’après séisme peut-elle être l’occasion de poser, et de résoudre, les lancinants problèmes du pays ? Aménager le territoire, encourager la diaspora à investir, dispenser à tous des soins et une éducation citoyenne, ce serait enfin respecter et les hommes et leur cadre de vie. Les expériences positives ne manquent pas. Elles peinent à durer, l'Etat contribuant plus à les contrarier qu'à les conforter.

À qui veut en savoir plus sur le pays, son histoire, sa culture ou son économie, les essais ne manquent pas. Venus d'Haïtiens ou de blan, les étrangers en créole. Les atlas, parus notamment aux éditions Autrement, dressent le bilan du colonialisme, de l'esclavage et du trafic triangulaire. Pour les plus pressés, un Que sais-je un peu ancien. Ou une petite Bible, Le pays en dehors, de Gérard Barthélemy. Ou l'ensemble des ouvrages du sociologue Laënnec Hurbon. Deux livres récents, parmi beaucoup d'autres, aux éditions l'Harmattan, pour ceux qui veulent aller plus loin : Le vertige haïtien de Rose Nesmy Saint-Louis et De l'État en Haïti de Daniel Holly.

A défaut de se rendre en Haïti, qui n'est pas (encore) une destination touristique, on dispose d'une abondante documentation sur le pays. Elle résulte d'un paradoxe : la production culturelle est inversement proportionnelle au niveau d'éducation. Et constitue une source d'étonnement et d'espoir, quand tous les indicateurs, économiques, sociaux, démographiques et autres, sont au rouge. L'Etat ne scolarise qu'un enfant sur six et la moitié de la population ne peut écrire ni le Français, ni le créole. Mais la littérature haïtienne émarge au Médicis ou au Renaudot. Elle vient même, avec Dany Laferrière, de fournir un académicien à la France.

Quand pas grand chose ne va, la culture est là. Riche et enracinée. De pair souvent avec l'information. Celle qui s'adresse à tous, souvent interactive, celle plus savante qui nous vient de nombreux chercheurs, en Amérique du nord (le GRAHN et le CIDHICA à Montréal), en Europe et en Haïti même. C'est au lendemain de l'occupation américaine ( 1915-1934) qu'essayistes et romanciers émergent vraiment, même si l'Occident peine à leur faire une place.

La critique d'une Haïti aux mains de nouveaux maîtres qui ressemblent aux anciens, d'une société post-esclavagiste si proche de la société esclavagiste, rassemblent les premiers grands écrivains haïtiens. Anthénor Firmin et Jean Price Mars défendent une identité noire égale à celle de l'Occident dominateur au milieu du XXe siècle. Difficile de ne pas leur adjoindre le Martiniquais Aimé Césaire, avec son Retour au pays natal. Trois autres grands appartiennent, comme lui, au Parti communiste, le Parti unifié des communistes haïtiens. A chacun son chef d'oeuvre : Le gouverneur de la rosée pour Jacques Roumain, Compère général soleil pour Jacques-Stephen Alexis, Hadriana dans tous ses rêves pour René Depestre.

Pas facile de tous les citer, les écrivains haïtiens contemporains ! A tout seigneur... Dany Laferriére, fuyant la dictature Duvalier pour le Canada, prix Médicis pour L'énigme du retour, et élu à l'Académie française en 2014. Ou Jean Métellus gagnant la France pour les mêmes raisons. Les générations se succèdent, rien n'interrompt la production haïtienne. Pour Lyonel Trouillot, Gary Victor, Jean-Claude Fignolé ou Yannick Lahens, la résidence est en Haïti, mais l'éditeur au Québec ou en France. Jean-Philippe Dalembert vit en France, Rodney Saint-Éloi à Montréal. Frankétienne est le seul à écrire, pour une part, en créole. La langue littéraire, comme celle des essais, c'est la Français. Edwige Danticat, installée aux Etats-Unis, annonce-t-elle d'autres écrivains qui choisiraient l'Anglais?

Connaître, c'est aussi accéder aux moyens d'information. Le papier n'y a jamais été un média essentiel. Un seul quotidien, le Nouvelliste, qui doit sa longévité à sa prudence. L'info, c'est la radio. Nationales ou communautaires, elles pullulent, pour le pire et le meilleur. Le meilleur : elles dénotent d'une liberté de la presse indiscutable, malgré des périodes difficiles ; elles comblent, partiellement, une éducation déficiente. Nul ne vit sans accès à la radio. La majorité des Haïtiens dispose d'un téléphone portable, une révolution sans précédent dans un pays enclavé et chaotique. Un habitant sur sept accède régulièrement à internet. Autant de motifs d'optimisme.

Vous voulez, hors d'Haïti, en savoir plus : le Nouvelliste a son site, les agences de presse aussi. La plus indépendante ? Alterpresse, à laquelle vous pouvez vous abonner gratuitement. En France, Le collectif Haïti de France, rassemble les initiatives individuelles ou collectives (ONG). La coopération décentralisée reste faible. A la différence de l'Afrique de l'ouest, peu de collectivités locales ou territoriales travaillent avec Haïti.


HAÏTI , FER DÉCOUPÉ ET PEINTURE NAÏVE

FerD’Haïti nous vient la peinture naïve. Pleine de divinités vaudou, d 'animaux de la jungle, de réunions pacifiques ou de cités idéales. L'enfer côtoie le paradis et les toiles remplissent les murs nus à proximité des hôtels. La peinture est plus connue à l’étranger que les fers découpés. Les forgerons haïtiens sont, eux, les magiciens du bidon de récupération, le drum américain, devenu dwoum en créole. Un matériau de chantier travaillé avec un équipement rudimentaire : enclumes, marteaux et burins, c’est tout.
Les bosmetal, les maîtres du fer, avec l’aide d’une escouade d’ouvriers, découpent et aplatissent les bidons. La tôle nettoyée, attendrie, purifiée, sera tracée, puis ciselée en fin de course par la maître, et entre temps inlassablement grattée, frappée, burinée, battue, puis caressée et poncée par les ouvriers. S’il juge que l’esprit est là, le maître signe la sculpture.
Le fer, ce métal froid, se transforme à coup de burin, en autant de génies, de divinités vaudou, de diables, de sirènes, d’oiseaux et de reptiles, de réminiscences ou de mythes africains. Imagination, réalisme, poésie, tendresse, truculence, jeu, érotisme : chaque artiste donne forme à un univers bien loin du quotidien haïtien, façonnant le métal de la liberté.


FerDans un pays tourmenté par la misère et les cyclones, la peinture et la sculpture servent un imaginaire tellement loin du présent. L'abondance et la félicité de paradis luxuriants! La peinture, c'est l'éclat de la couleur, la permanence du fantaisiste et du fantastique. Les artistes présents ici sont confirmés. Comme fut confirmée par André Malraux la supériorité de l'île caraïbe : "L'Afrique a trouvé son génie de la couleur dans la chétive Haïti, dans elle seule."

Plus chétive aujourd'hui après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010. Chétive mais en art toujours féconde. La peinture de demain n'aura rien à envier à celle d'hier. Quant aux fers, ce sont des bidons de chantiers récupérés, puis anoblis. Et puis, aux confits de l'art et de l'artisanat, les formes et les couleurs donnent aux matériaux de récupération une seconde vie.

Comment citer tous les peintres? Qui n'a entendu parler ou vu les naïfs, qui peuplent les galeries de Port-au-Prince, de Jacmel ou des îles caraîbes voisines? Mais, de Louisiane Saint-Fleuran “la primitive” à Tiga et sa modernité, en passant par les cités idéales de Préfète Duffaut, quelle palette de talent! Les sites, pour les découvrir, ne manquent pas. 

Présentation plus que succinte d'Haïti, tout cela? Bien sûr, nous pouvons, vous pouvez l'enrichir. Ou enrichir Haïti et Zami de vos soutiens, compétences, aides, propositions, remarques, suggestions, expériences, paradoxes et autres productions et projets. Aider Haïti, faire connaître Haïti. Le faire connaître, c'est aussi coopérer.